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Donner une vraie place aux jeunes en politique

mardi 30 août 2022
Donner une vraie place aux jeunes en politique Image 1

maryse quashie   roger ekoue folikoue
Par Maryse QUASHIE et Roger Ekoué FOLIKOUE

* Les avis exprimés dans le texte n’engagent que les auteur.e.s

Aujourd’hui 12 août, nous commémorons la Journée Internationale de la Jeunesse. Cette journée est célébrée depuis 1999 suite à une décision des Nations Unies pour qui il était important d’attirer l'attention de la communauté internationale sur les problèmes de la jeunesse et d’exalter le potentiel des jeunes en tant que partenaires dans la société. Toute communauté reconnait l’importance de la jeunesse mais l’Assemblée Générale des Nations Unies a tenu à insister sur la place à lui donner dans un monde globalisé où les problèmes se posent désormais à l’échelle planétaire. C’est ainsi que, si aujourd’hui un problème se pose aux jeunes, cela risque d’impacter tout de suite la moitié des habitants de la planète. En effet, actuellement la moitié des habitants de la planète a moins de 30 ans (il est prévu que ce chiffre atteigne 57% en 2030).

« Solidarité intergénérationnelle : Créer un monde pour tous les âges », tel est le thème choisi pour la journée du 12 août 2022. Pourquoi ? Certainement parce que les délégations mondiales se sont rendu compte que notre monde ne donne pas à chaque âge la place qui lui revient. Par conséquent, cette journée a pour finalité de sensibiliser aux obstacles à la solidarité intergénérationnelle, notamment l'âgisme qu’on peut définir comme toute discrimination fondée sur l’âge. Voici ce que dit le message de la journée à propos de cet âgisme :
« L'âgisme est un problème insidieux et souvent non traité dans les domaines de la santé, des droits de l'homme et du développement, et a des répercussions sur les populations âgées et jeunes du monde entier. En outre, l'âgisme s'entrecroise régulièrement avec d'autres formes de préjugés (tels que le racisme et le sexisme) et a un impact sur les personnes qui les empêche d'atteindre leur plein potentiel et de contribuer pleinement à leur communauté. »

L’âgisme frappe donc surtout les personnes âgées et les jeunes mais évidemment pour ce 12 août, il s’agit de se pencher sur la marginalisation des jeunes en raison de leur âge.

Notre continent se sentira-t-il concerné par la célébration de cette journée ? Il le faut dans la mesure où les moins de 30 ans avoisinent déjà les 70% de la population africaine dont, à l’horizon 2050, plus de la moitié aura moins de 25 ans. Cela correspond à 800 millions d’individus soit 35 % de la jeunesse mondiale (Afrique Magazine).

Nos dirigeants et hommes politiques se rendent-ils compte de la lourde responsabilité qui leur incombe dès à présent ? Se montrent-ils concernés alors que la situation de la jeunesse en 2050 dépendra très certainement des décisions prises aujourd’hui ? 

En effet, nous sommes à moins de trente années de cette échéance mais surtout il y a des défis, ou plutôt même des urgences auxquelles il est indispensable de faire face dès maintenant, si notre continent veut vraiment profiter du potentiel d’énergie et d’innovation que représente la jeunesse, pendant que la plupart de nos pays cherchent encore la voie pour faire reculer sensiblement la pauvreté et ses corollaires.

Or, selon le message du 12 août 2022 « le rapport mondial sur l'âgisme lancé par les Nations Unies en mars 2021 souligne que, malgré le manque de recherches, les jeunes continuent de faire état d'obstacles liés à l'âge dans diverses sphères de leur vie, comme l'emploi, la participation politique, la santé et la justice. »

Pour le moment nous ne creuserons pas les questions relatives à la santé et à la justice malgré leur caractère axial dans la prise en compte des problèmes de la jeunesse, et nous n’irons pas bien loin aussi dans l’analyse des questions d’emploi même si les données sont inquiétantes à ce sujet. Ainsi dans la plupart des pays africains, le chômage des jeunes est au moins deux fois supérieur à celui des adultes (Banque africaine de développement, 2014) mais surtout 30 % des jeunes en Afrique du Nord et près de 60 % en Afrique subsaharienne sont considérés comme inactifs, ou très partiellement actifs. Et lorsqu’ils ont un emploi, celui-ci est presque systématiquement dans le secteur informel. On estime que d’ici à 2030, 30 millions de jeunes Africains arriveront chaque année sur le marché du travail, soit les trois quarts des entrées des jeunes au niveau mondial.

Il faudrait ainsi créer 450 millions d’emplois supplémentaires, alors que la population active actuelle compte environ 500 millions de personnes. (Afrique Magazine). Le défi est donc de taille, et il faudrait clamer impérativement la nécessité de prendre des mesures pour y faire face. Pourtant comment les jeunes pourraient-ils se faire entendre alors qu’au niveau mondial, seulement 2,6 % des parlementaires ont moins de 30 ans, (et moins de 1 % de ces jeunes députés sont des femmes). C’est pourquoi, il nous semble que le plus urgent est de mener réflexions et actions sur la participation politique des jeunes.

A ce propos, l’actualité en Afrique ne permet guère de croire qu’il pourrait y avoir une amélioration notable de la situation dans les années à venir. En effet, combien de blessés, de morts même, et souvent parmi les jeunes, pour la limitation des mandats présidentiels ! Pour l’heure il n’y a pas de statistiques sur les mandats de députés mais on se doute que là aussi la situation n’est guère rose.

De toutes les façons, on ne peut guère compter sur les dirigeants actuels pour que les jeunes aient leur mot à dire en politique, sur ce qui les concerne directement (éducation, emploi, etc.) mais surtout sur les choix en matière de développement, dans la perspective d’un projet pour la société où ces jeunes vivront dans l’avenir.

Oui, on ne doit pas attendre grand-chose des dirigeants actuels car leur moyenne d’âge fait frémir à tel point que François SOUDAN (Jeune Afrique) déclare : « C’est une médaille d’or sans éclat dont l’Afrique se passerait volontiers. Celle de l’écart entre l’âge moyen de sa population et celui de sa classe dirigeante : plus de 40 ans, contre 30 en Asie et en Amérique latine, 20 en Europe et en Amérique du Nord. En cette fin de 2021, le continent le plus jeune au monde compte dans ses palais les trois chefs d’État élus les plus anciens de la planète : Teodoro Obiang Nguema (au pouvoir depuis 1979), Paul Biya (1982) et Yoweri Museveni (1986). Parmi les plus âgés aussi, respectivement 79, 88 et 77ans. Quand on sait que les plus de 70 ans représentent à peine 3 % de la population africaine globale, on mesure mieux ce que ce grand écart implique en matière de représentativité et de gouvernance. »

Et que dire de ce qui se passe au Kenya ? Alors que selon la Constitution kenyane Uhuru KENYATTA ne pouvait plus se présenter pour un nouveau mandat présidentiel, voilà qu’il s’allie avec son rival politique historique Raila ODINGA pour le scrutin du 9 août 2022. Ce dernier qui briguera un mandat présidentiel pour la cinquième fois a 77 ans !

On peut aussi penser au cas de la Côte d’Ivoire avec les ténors de la vie politique qui sont toujours Alassane OUATTARA, Laurent GBAGBO et Henri Konan BEDIÉ.

Quelles sont dans ces conditions les chances de renouvellement de la classe politique ? En effet, le désir de s’accrocher au pouvoir n’est pas absent non plus des organisations et partis politiques dans la mesure où depuis au moins 30 ans ce sont toujours les mêmes noms qu’on entend aussi dans les oppositions. Pourquoi ? En réponse à cette question, François SOUDAN affirme ceci : « Considérer que la longévité au pouvoir ne s’explique que par les subterfuges politiques dont usent et abusent des hommes forts à la tête d’États faibles serait à cet égard une erreur, ou plus exactement une vision borgne. Les pesanteurs culturelles jouent aussi leur rôle et elles touchent tous les acteurs de la vie politique. Mourir au pouvoir, mourir ministre, mourir chef d’un parti d’opposition sont l’expression dans le champ politique de sociétés où le patriarcat, le droit d’aînesse et la séniorité écrasent les aspirations des cadets. »

Voilà pourquoi, l’amélioration de la présence des jeunes dans le champ politique ne pourra intervenir que si les jeunes arrivent à se mobiliser contre les manœuvres politiques et surtout à dépasser les pesanteurs culturelles.

Cependant le mieux serait, sans doute, dans le cadre de la solidarité intergénérationnelle préconisée dans le thème de la journée de la jeunesse de cette année, de redonner à chaque âge son importance dans le champ sociopolitique :
Que les plus âgés acceptent que leur rôle est de transmettre de façon à ce que les jeunes s’attellent à choisir la société de demain.

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Lomé, le 12 août 2022

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